Le Rap, une tradition médiévale.

flyting

amalek

« En tant que rappeur dit nationaliste, j’ai d’abord cru reprendre les armes de l’ennemi pour les utiliser contre ce dernier. Je me suis rapidement aperçu que je ne faisais que me réapproprier la culture de mes ancêtres européens. Non seulement les Celtes avaient inventé la rime mais la musique rap elle-même est apparue au moyen-age en Europe et à l’origine n’a rien d’une musique nègre. »  Amalek (source)

La première chanson de rap à avoir été enregistrée fut Kinesika Muren (La Grande Muraille de Chine) par l’artiste suédois Evert Taube durant les années 20. La musique Rap est née dans les pubs écossais durant le Moyen-Âge. Les battles de rap durant lesquelles deux MCs s’affrontent en insultes élaborées en rythme proviennent de l’ancien art Calédonien du flyting.

Des Britanniques enracinés s’adonnant au Flyting :

Les Ecossais apportèrent cette tradition avec eux aux Etats Unis ou elle fut adoptée et adaptée, refaisant surface des années après sous la forme du rap.

Il y a un lien évident entre cette tradition et les battles de rap tels que ceux du film 8 Mile avec le rappeur blanc Eminem. Un film plus intéressant qu’American History X si l’on cherche un exemple d’un petit blanc s’imposant dans un environnement hostile composé d’africains racistes.

La tradition ancienne du Flyting en écosse consiste en d’intenses joutes verbales, souvent vulgaires, très proches de celles qui ont lieu au coeur des quartiers populaires afro-américains. Ces cultures accordent une grande valeurs à la satire dont l’usage habile peut emmèner la joute verbale à la limite du combat physique.

Le Flyting est un défi consistant à s’échanger des insultes, sous forme de vers le plus souvent, entre deux parties pratiqué principalement entre le 5ème et le 16ème siècle en Europe. La racine du mot prévient du Vieil Anglais « flitan » signifiant « querelle » (venant du Vieux Nordique flyta, signifiant « provocation »). Des exemples de flyting sont trouvés à travers les littératures Nordique, Anglo-Saxonne, et dans toute l’Europe, dans des récits impliquant aussi bien des figures historiques et mythologiques. Les échanges se voulaient extrêmement provocateurs, avec des accusations de lâcheté et de perversion sexuelle.

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Jaques IV kiffait grave les battles.

Le souvenir le plus emblématique de cette tradition vient d’une pièce de théâtre, datant du 16è siècle, au cours de laquelle deux poètes rivaux se crachent à la figure des rimes de plus en plus obscènes, en présence de la cour du roi Jaques IV d’Ecosse.

Intitulée « the Flyting of Dunbar and Kennedy », les académiciens le décrivent comme « rien de plus que 500 lignes d’immondices. »

Le professeur Szasz cite un poème de la guerre civile américaine, imprimée dans un exemplaire du New York Vanity Fair en date du 9 novembre 1861, comme la première trace enregistrée d’un battle aux Etats-Unis.

Etablissant la comparaison du Flyting et des battles de rap, il déclare : « deux personnes s’engagent dans un duel verbal rituel dont le vainqueur a le dernier mot et le perdant finit par ne plus rien trouver à rétorquer. »

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Loki en train de clasher tous les mecs d’Aasgard, sans respect.

Le scalde est un poète scandinave, très souvent islandais, du Moyen Âge, essentiellement du 9è au 13è siècle. La poésie scaldique qu’il compose se fonde sur l’allitération, le compte de syllabes et l’accentuation, exactement comme le rap. La poésie scladique servira de base documentaire à Snorri Sturluson pour la composition de son Edda puis aux rédacteurs des sagas.

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Le style gangsta-rap à l’époque ça avait de la gueule.

Un scalde est parfois le personnage principal d’une saga. C’est le cas d’Egill Skallagrimsson, Hallfreðr scalde-difficile ou Gunnlaug Langue-de-serpent.

Le mot scalde ou skald provient peut-être du Proto-germanique *skalliz « son, voix » (Vieux haut-allemand skal « son »). La formeskalsang « chant élogieux, louange » existe également en Proto-germanique, ainsi que skellan qui signifie « sonnerie, résonance ». La racine en Vieux haut-allemand skeltan , proche étymologiquement de la racine skald (Proto-Germanique*skeldan), signifie « gronder, reprocher, accuser, insulter ». La personne qui insulte est nommée skelto ou skeltāri. Cette notion d’insulte peut être rapprochée de *skēth-, *skəth– en Indo-européen, avec le sens de « critiquer, insulter » .

La Littérature Nordique comprend des récits ou les dieux « rappent » (ou s’adonnent au Flyting). Dans les Eddas (recueil de poèmes scandinaves illustrant les dieux) par exemple, dans le Lokkasenna (signifiant Querelle de Loki), le dieu Loki insulte les autres dieux dans le hall d’Ægir; dans le poème Hárbarðsljóð, le héros Hárbaðr qui est une des incarnations d’Odin se livre à un « battle » avec Thor. Dans la confrontation entre Unferð et Beowulf dans le poème du même nom, le flyting était employé comme un préambule à la bataille ou même comme une forme de combat à lui tout seul.

Dans l’Angleterre Anglo-Saxonne, les combats de flyting prenaient place dans les halls de banquet. On désignait le vainqueur selon la réaction du public à chaque répartie des adversaires. Le vainqueur devait alors descendre une large coupe de bière pour ensuite inviter le perdant à en faire de même.

Le poème anglais du 13è siècle « the Owl and the Nightingale » et le poème de Geoffrey Chaucer « Parlement of Foules » contient des passages de flyting.

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Jaques V d’Ecosse, rappeur hardcore à ses heures perdues.

Le Flyting devint un divertissement public en Ecosse aux 15ème et 16ème siècles lorsque les makars (poètes) se livraient à des concours d’outrances verbales provocantes, souvent sexuelles et mêmes scatologiques, bien que très poétiques malgré tout. Le Flyting était autorisé bien que, normalement, proférer des injures en public valait une amende de 20 shillings (équivalent à près de 500 euros de nos jours) pour un Lord, ou une série de coups de fouets pour les gens du communs. Les rois Jaques IV et V encourageaient les flytings de cour entre poètes et se joignaient même à eux dans les joutes verbales. Nous disposons du témoignage d’un flyting entre William Dunbar et Walter Kennedy en face de Jaques IV, constituant le plus ancien témoignage du terme shit utilisé comme une injure personnelle. En 1536 le poète Sir David Lyndsay composa un flyting de 60 ligne des plus grivois pour Jaques V après que ce dernier lui ai demandé de lui rédiger, afin qu’il puisse répondre à un flyting.

Le Flyting apparait dans de nombreuses pièces de William Shakespeare. Margaret Galway dénombre 13 flytings et de nombreux autres échanges verbaux ritualisés dans ses tragédies. Le Flyting apparait aussi dans les oeuvres de Nicholas Udall et John Still à la même période.

Les premiers rappeurs africains apparaîtront au cours des années 60, ce style musical s’appelle d’abord le spoken word et ses interprètes se nomment les Last Poets et Gil Scott Heron, des activistes afro-américains, disciples du Franc-Maçon Black Shriner Marcus Garvey. Ils sont considérés à tort comme les premiers artistes à avoir utilisé des paroles scandées en rythme comme moyen d’expression : Jack Kerouac, écrivain et poète de la fameuse Beat Generation ayant enregistré un album de « spoken word » en 1959 avec Steve Allen, intitulé « Poetry For The Beat Generation« .

Le rap, faussement présenté comme une musique originaire des quartiers chauds et colorés de New York appartient en réalité au patrimoine européen. Il n’y a rien de dérangeant à ce que des non-européens aient pu s’en emparer mais il faut bien avoir conscience que cette culture ne leur appartient pas. La musique étant de toute façon universelle par définition, mais on peut aussi rendre à César ce qui est à César comme a dit un autre grand punchlineur devant l’Eternel …

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Le Rap, une tradition médiévale.

4 réflexions sur “Le Rap, une tradition médiévale.

  1. Marcel Y dit :

    Article intéressant.
    J’ai pas étudié le truc chronologiquement mais dans wikipédia il parle de l’influence de la Beat Generation dans le développement du spoken word. Mais les grandes figures de la Beat Generation sont pas vraiment blanches blanches.

    Il y a ça aussi niveau « rap » de blanc d’avant guerre (1936) :

  2. Rasquinet dit :

    Tout cela est bien intéressant et nouveau… mais ne me fait pas aimer le rapp, galvaudé par certains banlieusards! Je n’aime pas ce style vulgaire et vulgarisé, j’en suis même dégouté et le fuis..;. Est-ce trop tard? Je ne suis pas savant sur la question… Et si vous faisiez de la récup et de l’intox? Je vais et dois approfondir… et me réserve!

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